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© 2017 par Ben ZIMET et Katell GRABOWSKA. Tous droits réservés.

Depuis le Festival VOX de Montreuil, j'ai introduit plusieurs nouveaux contes à mon répertoire dont « Le roi Mathias 1er » que j’ai adapté d’un livre éponyme de Janusz Korczak. Ce célèbre pédiatre, pédagogue et écrivain juif polonais est aujourd’hui reconnu dans le monde entier. Il a révolutionné le statut de l’enfant considéré comme un être à part entière doté de droits. Dans ses orphelinats, il institua une République des Enfants qui valorisait ces droits tout en développant l’autogestion. Il consacra l’essentiel de sa vie aux enfants les plus démunis, et notamment ceux qui étaient enfermés dans le Ghetto de Varsovie, avant de choisir en 1942 ou 43 de les accompagner pour l’ultime voyage à Treblinka.

Le livre s’appelle donc « Le roi Mathias 1er ». C’est l’histoire tout à fait drôle d’un petit prince qui, à la mort prématurée de son père, hérite du trône, bien qu’il ne sache au départ ni lire, ni écrire, ni même compter, au grand scandale de ses ministres. Mais Mathias est très intelligent et volontaire. Il prend rapidement les choses en main, lance d’innombrables projets en faveur des enfants les plus démunis  du royaume. Voici par exemple trois de ses principales réformes : 1) que l’on construisit dans toutes les forêts, sur les montagnes et au bord de la mer, beaucoup de maisons pour que les enfants pauvres puissent y passer l’été ; 2) que des balançoires et des manèges avec musique soient installés dans toutes les écoles ; 3) qu’on créât dans sa capitale un grand parc zoologique où il y aurait des animaux sauvages, lions, ours, éléphants, singes, serpents et oiseaux. Puis il part à la guerre, triomphe glorieusement de l’ennemi avant de repartir au fin fond de l’Afrique à l’invitation d’un grand roi cannibale dont il devient l’ami intime et qui lui offre tout l’or que lui Mathias voudra bien ramener au pays pour améliorer le bien-être de ses sujets, et plus particulièrement celui  des enfants.

A PROPOS DES CONTES YIDDISH

 

Tous les peuples sont friands d'histoires absurdes. Certaines de ces histoires ont, au fil du temps, constitué des cycles entiers de récits à propos de villes réelles ou imaginaires qui seraient entièrement peuplées de nigauds. On dénombre parmi ces villes l'antique Abdéra, en Grèce ; Gotham, ville anglaise ; Molbo, au Danemark ; et Schildburg, en Allemagne. Dans la tradition juive d'Occident, le panthéon de l'imbécillité est incarné par la ville de Khelm. Khelm, prononcé comme lajota espagnole. Khelm est une ville réelle, située en Pologne, où les Juifs ashkenazes ont vécu plus de mille ans (pour les Juifs orientaux, dits sépharades, c'est le personne de Ch'Kha qui joue le rôle de Fou dans tout le Maghreb).

Les Juifs ont toujours adoré les histoires brèves, drôles et satiriques, dont les héros sont de faux sages, des bouffons ou des plaisantins - des « schlemihl » et des « schlimazl » comme on dit chez nous. Un « schlemihl », c'est quelqu'un qui tombe sur le dos et qui s'écorche le nez ; un « schlimazl », c'est quelqu'un qui tombe sur le dos et qui s'écorche le dos et le nez. Ils ont toujours adoré ces aventuriers et ces coquins qui savent résoudre les énigmes les plus complexes à leur façon ; ces maîtres en répliques spirituelles, ces coupeurs de cheveux en quatre de tradition talmudique. La tradition orale juive a toujours véhiculé ces histoires, en hébreu, en yiddish ou en judéo-oriental, dont certaines remontent à la plus haute antiquité.

Déjà à l'époque biblique, la narration était considérée comme un art par le peuple juif. L'Ancien Testament abonde en mythes divers de la Création et des Origines, et relate les actions épiques de nos primitifs héros. Les Saintes Ecritures décrivent avec force détails l'irrésistible penchant des rois et des prophètes hébreux pour les récits à caractère moral, eux-mêmes inspirés par d'antiques légendes. Puis on voit apparaître le Talmud, cette monumentale anthologie dialectique de commentaires, discussions et débats sur l'Ancien Testament, œuvre de quelques deux mille rabbins érudits successifs, s'étalant sur douze siècles et rassemblant les lois civiles et canoniques des Hébreux depuis le VIIIe siècle avant Jésus Christ jusqu'aux Ve et VIe siècles environ de notre ère ! Le Talmud contient aussi des milliers de récits et de légendes à propos des Patriarches et des autres Sages juifs. De l'époque post-biblique jusqu'au Moyen Age c'est ensuite le Midrash, vaste corps de commentaires légaux et d'interprétations rabbiniques de l'Ancien Testament, qui recueille par écrit, en hébreu et en araméen - la langue du Christ - les innombrables traditions orales juives - dites « Haggada ». Les légendes haggadiques, ou « Haggadot » illustrent essentiellement le courage moral et la sagesse surnaturelle des Pères, Abraham, Isaac et Jacob, des rois, David, Salomon et autres héros spirituels. L'institution sociale du sermon en a été l'instrument principal de diffusion. La « derakha » en hébreu, a de tout temps été l'attraction  la plus populaire au sein des différentes communautés juives, que ce soit à l'Est ou à l'Ouest.

Parallèlement à cette voie religieuse - car le sermon avait essentiellement lieu à la synagogue et était fortement influencé par des idées d'ordre religieux - il a toujours existé au sein du peuple juif, comme partout ailleurs, un vaste courant séculier de transmission orale. C'est ainsi qu'en Europe de l'Est, le « badkhan », ou amuseur de mariage professionnel, joua longtemps un rôle fondamental par sa narration d'histoires et de chansons d'ordre sentimental, comique voire savant, souvent improvisées et fondées sur la sagesse populaire, un peu à la manière du griot africain. C'est surtout à lui que s'est toujours identifié Ben Zimet.

On aimait aussi écouter les musiciens ambulants, les mendiants, les chanteurs de rue, les couturières et les tailleurs, les vendeuses sur les marchés, les conducteurs de charrettes, les paysans et les marchands, qui se rendaient dans les foires et y entendaient toutes sortes d'histoires qu'ils ramenaient à la maison ; les artisans, les selliers, les cordonniers, les forgerons qui voyageaient eux aussi de village en village avec leurs outils, et les conteurs professionnels, tout aussi nombreux.

Tout un peuple véhiculait ainsi sa propre tradition orale et parfois celle des autres. C'est cela que la Shoah a failli anéantir. Mais ces récits demeurent et revivent.

 

La grande explosion littéraire que connut le monde juif - en Europe de l'Est notamment - à partir du début du XIXe siècle, avec l'éclosion des idéologies révolutionnaires, produisit une moisson d'histoire, de récits, de contes en partie inconnus qui établit, à partir du début du XXe siècle, une vaste chaîne de transmission orale entre le Vieux Monde et le Nouveau.

Enfin, l'émergence au XVIIIe siècle, en Europe de l'Est, d'une étonnante secte de Juifs religieux connus sous le nom de « Khassidim », engendra une multitude de nouvelles légendes, de paraboles de dictons et de contes. Nombre de ces récits khassidiques sont aujourd'hui racontés par Ben Zimet.

Ben Zimet Zelig grand explorateur